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TANGER
RÉALITÉS D'UNE VILLE-MONDE FACE AU DÉFI DE LA MOBILITÉ AFRICAINE
LA MÉTAMORPHOSE DE LA GARE
 
Auteur : Othmane Bengebara
source : diplome Ecole spéciale d'Architecture, 2014
Directeur d’étude : Reza Azard
Second Enseignant: Chris Younes
 

“Ces mutations nous amènent à réfléchir sur l’avenir du réseau de transport, notamment terrestre, dont le secteur ferroviaire représente un véritable défi pour une Afrique connectée et communicante.”

Le projet conduit s’est intéressé à comprendre les rapports qu’entretiennent nos sociétés avec la notion de la « mobilité ». Ce terme, qui-articule à la fois l’ensemble de notre économie et nos villes représente « l’ensemble des manifestations liées au mouvement des réalités sociales des hommes, des objets matériels et immatériels, dans l’espace. » 1. L’évolution des pratiques de cette « mobilité », à l’échelle nationale, régionale et internationale, représente un événement stratégique qui a conduit nos villes à se transformer en profondeur afin de participer à la course de la « mondialisation ». Certaines de ces villes, que l’on peut appeler les Métropoles ou les Métapole2 , sont aujourd’hui les territoires vers lesquelles le monde converge et se présentent comme de véritables centralités dans la macro-géographie.
Ainsi, la « mobilité » transforme le rapport que nous entretenons avec nos milieux et modifie considérablement le paysage. Tanger est véritablement le reflet de l’influence de la « mobilités » sur un milieu urbain, une véritable « ville-monde »3.


©Othmane Bengebara  

Elle concentre en son sein l’ensemble des caractéristiques des populations attirées par sa position géostratégique sur le détroit de Gibraltar et sur le bassin Méditerranéen : : « Empruntez quelques bruns et robustes gaillards aux quais bruyants de Barcelone, quelques autres aux replis du vieux port de Marseille, une part égale aux faubourgs de Gènes et aux ruelles d’Alger ; ajouter une poignée de Turcs et de Syriens, saupoudrez d’Espagnols, d’Anglais, de Français, de Portugais, de Mahonnais, de Maltais, brassez fortement et lancez comme grain au vent : vous aurez - à peu près - la ville de Tanger »4.

Mais, ces populations ont été polarisées et centralisées grâce à un outil architectural catalyser, son port. Le port historique de le ville, est véritablement une « Architecture » au coeur de sa fondation, garant de son identité. Ce territoire est avant tout un espace sous pression, au sud, il se confronte à la masse historique de la médina, avec sa façade lourde et minérale, bruyante et poussiéreuse. Au Nord, cet espace se confronte à la puissance de l’horizon portuaire, c’elle de la machine et du commerce international, celle de centaine de bateaux qui transitent, celle de l’homme et de la logique mondiale. A l’Ouest, c’est le front d’une forêt qui inculque un rythme quasi-asymptotique à ce site, avec le poids du vent en perpétuel mouvement, et à l’Est c’est l’écrasante force métaphysique de la Méditerranée qui ridiculise tous les gestes.


 


 

Tanger connaît depuis une dizaine d’années un développement spectaculaire. Elle est devenue en peu de temps la locomotive du dynamisme économique marocain qui se traduit par une croissance économique et démographique accélérée. Aujourd’hui, elle est le théâtre de profondes mutations liées aux enjeux des « mobilités » qui touchent l’espace Méditerranéo-Africain.
Ainsi, l’évolution des contextes stratégiques conduit à l’avènement de nouveaux projets structurants, comme celui de « Mégaport de TangerMed » ou encore celui de « l’Afrotunnel ». Ces événements structurants ont permis à ce territoire d’organiser et de lancer un vaste programme de développement, le projet « Tanger- Métropole » pour « le développement intégré, équilibré et inclusif de la ville du détroit afin de lui permettre de se hisser au niveau des grandes métropoles internationales. »5 . Le projet de l’ « Afrotunnel », se révèle comme le nouvel évènement de la « mobilité », catalyseur des nouvelles attentions et stratégies à long terme : « l’Afrotunnel permettra d’établir un lien direct entre deux continents. Par ailleurs, cela permettrait de mettre en place un moyen de transport plus rapide que le bateau et moins coûteux que l’avion, et renforcerait la coopération économique régionale et internationale. On pourra citer le tourisme ou encore les échanges commerciaux. Enfin, à plus grande échelle, cela favoriserait davantage d’échanges entre l’Europe et l’Afrique »6.

C’est dans ce cadre que nait ce projet d’architecture, axé sur la requalification de l’espace portuaire vacant de « Tanger-ville ». En effet, l’ouverture de l’ « Afrotunnel », l’avènement de l’économie Africaine et le développement des coopérations Sud-Sud sont devenus de véritables paramètres qui risquent de conduire au développement d’un réseau ferroviaire africain, à l’échelle internationale voire transcontinentale. Un réseau en devenir nécessaire et qui influera sur l’évolution des villes et des cultures du continent.
L’une des étapes primordiales dans la construction de ce projet d’architecture a été de dessiner un des scénarios possibles, afin d’ancrer le site de Tanger dans un réseau beaucoup plus large que son simple territoire. Cette nouvelle géographie des liens, où le milieu tangérois se révèlera comme une véritable « centralité », m’a amené à développer une réflexion autour de la pertinence d’une gare à l’échelle internationale comme l’élément régénérateur de l’espace portuaire de Tangerville. Cette gare qui, comme à l’image de l’ancien port, viendra « polariser, organiser et maximiser le nombre de relations entre les lieux et les ensembles en un même point »7. Mais cette édifice public, pourrait être, à travers le projet d’architecture, le point de départ d’une nouvelle réflexion, à la fois urbaine et architecturale, afin de permettre à ce site symbolique de devenir un véritable territoire d’expérimentation basé sur l’idée de la métamorphose de la ville méditerranéenne et de ses composantes.


La gare patio. ©Othmane Bengebara 


La gare jardin. ©Othmane Bengebara 


La gare marché. ©Othmane Bengebara 


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Photos prises à l'occasion de l'exposition New South à la galerie du Crous.
Novembre 2015.


©Pierre Seron  


©Pierre Seron