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OUAGADOUGOU
CATALOGUE POUR LES NOUVEAUX CONSTRUCTEURS
 
Auteur : Cyril Chabaud
source : diplome ENSA paris malaquais, 2013
Directeur d’étude : Valéry Didelon
Second Enseignant: Jean Attali

Accédez à l'intégralité du projet ici
Partie I_le manuscrit
Partie II_le catalogue



“J’aborde ma profession avec l’envie de faire une architecture qui ne soit pas exclusive, au-delà de la production d’icônes pour les plus riches ou les plus pauvres, et qui au contraire explore le champ immense de l’architecture ordinaire. Une approche qui correspond à un positionnement critique en faveur de l’architecture moyenne, avec l’objectif de pouvoir ainsi en tant qu’architecte, “impacter” l’économie, l’environnement, la société.... de manière significative.”

Ouagadougou, au Burkina Faso, est une ville de banco, de parpaings et de tôles, bâtie presque exclusivement en rez-dechaussée, où les rares constructions à étages utilisent toujours des matériaux importés, ciment portland et fer à béton. Ce travail explore la densification possible de l’habitat, motivé par l’étalement croissant et inéquipé des périphéries, et par les nombreuses inégalités issues de cette situation.

Intervention par le bas
La relative densification de la ville, qui fait partie des discours officiels et des diverses stratégies urbaines, reste aujourd’hui sans réponse concrète, et l’on sait bien que le manque de moyens ne permettra finalement pas une application et un contrôle suffisant de mesures prises au sommet. On remarque en effet que l’État, hier et aujourd’hui, est toujours en retard sur les stratégies populaires de contrôle du foncier en milieu périurbain, en dépit de l’arsenal juridique dont il dispose. S’il s’agit moins d’une critique que d’un constat global, face à l’échec historique des politiques urbaines successives, on imagine que les choses puissent se jouer désormais à une autre échelle, à l’échelle architecturale. Dans ce contexte, où une stratégie par le bas semble s’imposer, il s’agissait d’inventer et de mettre à disposition de nouveaux modèles d’habitats - tenant compte des enjeux économique, pratique et esthétique - qui par effet de masse puissent transformer la ville.


©Cyril Chabaud  


Photo depuis la grande mosquée, 2012. ©Cyril Chabaud  

Outils pour une architecture opératoire
Dans ce souci de “mise à disposition” aux citadins-promoteurs de Ouagadougou, le projet prend la forme d’un journal et d’un catalogue, tentant toujours de réinvestir des médiums qui par essence sont adaptés à l’architecture “populaire” et à la communication à large échelle, faciles à imprimer et à distribuer en grand nombre. Outre cela, le catalogue comprend des patrons de maquette pliables, sous la forme de posters à détacher. Une astuce pour produire et transporter des maquettes à faible coût, qui illustre encore la recherche d’outils propres à pouvoir donner à l’architecture une dimension opératoire.


©AVN  


©AVN  

Corpus typologique
Avant de concevoir les différents modèles, une partie du travail a consisté à analyser minutieusement les manières d’habiter, et à constituer sur place un corpus autant typologique qu’anthropologique. Cette démarche s’est faite avec l’idée de pouvoir établir ainsi une certaine proximité avec les modes de vie existants. Et c’est donc moins les types en termes de forme que les types en termes de pratiques et d’usages quotidiens qui constituent la véritable base des architectures proposées dans le catalogue.


Axonométries et plans, extraits des relevés réalisés sur place. ©Cyril Chabaud  

Voûte nubienne
Pour autant, le véritable point de départ du projet est en fait une technique de construction. Et il aura fallu élargir sans cesse, du geste technique à l’architecture, de l’architecture à la ville, de la ville à son territoire.

Les modèles proposés ont ainsi pour originalité d’être basés sur l’emploi exclusif de la “voûte nubienne”, technique originaire d’Égypte, permettant la réalisation de planchers et de toitures sur des voûtes de briques de terre, sans coffrage. Dans un pays où le salaire mensuel moyen correspond à 5 sacs de ciment, et où le bois n’est plus une ressource disponible, cette technique se révèle comme une alternative unique pour les constructions en hauteur. Elle permet de construire à R+2, tout en évitant l’emploi de ciment importé et hors de prix.

Contrairement aux démarches souvent éphémères de remise en valeur de savoir-faire traditionnels, la voûte nubienne repose sur un marché émergent et en passe d’être autonome. En effet, la technique se développe depuis 2000 via une association (AVN) 1 oeuvrant à des campagnes de sensibilisation et au contrôle de l’auto-formation des maçons, autrement dit à la création en parrallèle de l’offre et de la demande. Alors qu’AVN concentre ses activités en zone rurale (où vit 80% de la population), le développement en milieu urbain faisait partie d’un monde encore inexploré, avec les défis d’adaptations que cela induit.


Couverture du catalogue, partie II. ©Cyril Chabaud  

Du spectaculaire vers l’ordinaire
A partir du moment où l’on réfléchit audelà d’une architecture extraordinaire, il devient évident que l’emploi de matériaux et de techniques high-tech (tel que le béton armé) ne peut apparaitre comme solution adaptée, ne serait-ce que d’un point de vue économique. Aussi, alors que la modernité est toujours associée à une modernité technique, et que les nouvelles technologies sont systématiquement érigées en solutions face à l’enjeu du développement «durable», ce projet propose plutôt de prendre le contre-pied de la culture de l’innovation dans laquelle nous baignons, en s’appuyant au contraire sur un héritage commun de techniques moins visibles, mais affinées et rationalisées au fil du temps, et toutes à fait importantes.


Coupe perspective, locatif moyen standing, 4 logements.
©Cyril Chabaud  


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Photos prises à l'occasion de l'exposition New South à la galerie du Crous.
Novembre 2015.


©Pierre Seron  


©Pierre Seron